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Thérapeute et endeuillée : traverser le deuil quand on accompagne celui des autres

  • Photo du rédacteur: Marie-Claudine GONZALEZ
    Marie-Claudine GONZALEZ
  • 17 nov. 2025
  • 11 min de lecture

Il y a un mois, j'ai raccroché après une consultation où j'accompagnais une patiente dans son deuil. Nous avions parlé de sa mère, disparue six mois plus tôt. De cette culpabilité qui surgit sans prévenir. De la fatigue qui ne passe pas. De ces moments où le chagrin déferle sans qu'on l'ait invité.


J'ai fermé mon ordinateur, et je me suis effondrée.


Parce que cette fois, je ne rentrais pas chez moi pour débriefer, ranger mes émotions professionnelles dans un coin de ma conscience, puis retrouver ma vie. Je rentrais chez moi endeuillée aussi. Ma mère est décédée le mois dernier, et tout ce que je croyais savoir sur le deuil a pris une autre dimension.


Je voudrais vous parler de ce basculement. Non pas pour vous dire que je "comprends mieux" maintenant, ou que mes accompagnements d'avant étaient incomplets. Mais pour partager cette expérience incarnée du deuil — celle où le savoir descend du cerveau vers le ventre, où les concepts deviennent des sensations, où la professionnelle devient simplement humaine.


Si vous traversez un deuil, si vous accompagnez quelqu'un qui le traverse, ou si vous vous demandez comment on fait pour continuer à vivre après, cet article est pour vous. Pas comme un guide. Plutôt comme une main tendue dans l'obscurité.


Ce que je croyais savoir sur le deuil

L'empathie n'attend pas l'expérience

Pendant des années, j'ai accompagné des personnes endeuillées. J'écoutais leurs sanglots, leurs silences, leurs colères. Je posais des mots sur ce qui leur arrivait : "Ce que vous ressentez est légitime", "Il n'y a pas de bon rythme pour le deuil", "Votre corps réagit à un traumatisme".


Et je le pensais vraiment. Ce n'était pas du théâtre.


Carl Rogers, dont je m'inspire profondément dans ma pratique, disait que l'empathie consiste à "percevoir le cadre de référence interne d'autrui avec justesse... comme si on était l'autre personne, mais sans jamais perdre de vue ce comme si" (Le développement de la personne, 1961). Cette nuance est essentielle : on peut comprendre l'univers émotionnel de quelqu'un sans avoir vécu exactement la même chose.


J'avais développé cette capacité. Je percevais chez mes patients :

  • La sidération des premiers jours, ce sentiment d'irréalité

  • Les symptômes physiques : cette fatigue sans fond, ces douleurs sans cause médicale

  • L'isolement social, quand le monde continue de tourner alors que le leur s'est arrêté

  • Cette culpabilité diffuse qui se faufile partout


Je savais tout ça. Intellectuellement, professionnellement. Et mes accompagnements étaient justes — je ne remets pas cela en question.


Mais il y a une différence entre comprendre et habiter. Entre observer la mer depuis la plage et se retrouver dans la vague, le sel dans les yeux, le souffle coupé.


Ce que mon corps m'a appris

Quand le savoir descend dans le ventre

Le lendemain du décès de ma mère, j'ai ouvert mes mails professionnels. J'ai lu trois lignes, et j'ai réalisé que je ne comprenais rien. Les mots se brouillaient. Mon cerveau refusait de fonctionner normalement.


La fatigue que je décrivais à mes patients ? Je la connaissais maintenant dans ma chair. Cet épuisement qui ne se règle pas avec une bonne nuit — parce que même les nuits sont peuplées de réveils brutaux, de rêves où elle est encore vivante, de ce moment atroce où on se rappelle que non, ce n'était pas un cauchemar.


Le brouillard cognitif, je le vis au quotidien : "Où sont mes clés ?", "Pourquoi je suis entrée dans cette pièce ?", "Comment s'appelle, déjà, cette personne que je connais depuis dix ans ?"


Mon corps porte le deuil différemment chaque jour. Certains matins, c'est un poids sur la poitrine, comme si quelqu'un s'était assis sur mes poumons pendant la nuit. D'autres fois, c'est une tension dans les épaules qui ne se relâche jamais. Il m'arrive de pleurer en voyant une mère et sa fille rire ensemble dans la rue. Ou d'être submergée par une rage inexplicable contre la caissière qui me demande si "ça va" avec son sourire automatique.


Et puis il y a ces phases d'anesthésie émotionnelle. Je regarde un film triste : rien. J'apprends une bonne nouvelle : rien. Je suis spectatrice de ma propre vie, comme si mon système nerveux avait décidé de mettre les émotions en sourdine pour me protéger.


Ce qui m'a surprise malgré toutes mes connaissances :

Les réveils nocturnes à 4h37 du matin — l'heure exacte de son décès. Comme si mon corps gardait la mémoire de cet instant.


La culpabilité. Même quand on a "tout fait". Même quand la mort était attendue. Cette voix qui murmure : "Et si j'avais...", "Pourquoi je n'ai pas...", "J'aurais dû...".


Le besoin de rituels que personne ne m'a prescrit. Aller au cimetière le matin avant de travailler. Lui parler à voix haute dans la voiture. Porter son foulard contre ma peau.


Cette solitude particulière au milieu des gens. Parce que personne ne vit votre deuil exactement comme vous. Parce que même les personnes les plus aimantes finissent par dire : "Tu dois passer à autre chose", alors que vous n'en êtes pas là du tout.


Tout ça, je le savais. Maintenant, je le sais.

La différence n'est pas dans la qualité de mon accompagnement professionnel. Elle est dans cette humilité nouvelle : je ne peux pas savoir ce que vit l'autre, même si je traverse moi-même un deuil. Je peux juste l'accompagner avec plus de douceur encore, parce que j'ai touché du doigt à quel point c'est difficile.


Le mythe des étapes : libérons-nous de la norme

Votre deuil n'a pas à ressembler à un manuel

Peut-être connaissez-vous le modèle de Kübler-Ross : ces fameuses "cinq étapes du deuil" (déni, colère, marchandage, dépression, acceptation). C'est probablement la référence la plus citée quand on parle de deuil. Et c'est devenu, malgré les intentions de son auteure, une norme écrasante.


"À quelle étape tu en es ?" m'a demandé quelqu'un, avec la meilleure intention du monde.


Je ne sais pas. Certains jours, je suis en colère contre l'univers entier. Le lendemain, je ressens une forme de paix. Puis soudain, je replonge dans le déni : "Elle ne peut pas être morte, c'est impossible". Et tout ça dans la même journée, parfois dans la même heure.


Le deuil n'est pas linéaire. Il ne ressemble pas à un escalier qu'on monterait marche par marche jusqu'à l'acceptation finale. C'est plutôt une mer : des vagues qui montent et descendent, des tempêtes imprévisibles, des accalmies trompeuses.


Carl Rogers a toujours critiqué les modèles normatifs qui enferment l'expérience humaine dans des cases. Dans sa vision centrée sur la personne, chaque individu a sa propre temporalité, ses propres ressources intérieures pour traverser l'épreuve. Il n'y a pas de "bon" deuil. Il y a votre deuil.


Vous pouvez être "en acceptation" un mardi, puis en colère pure le mercredi. Vous pouvez avoir besoin de pleurer tous les jours pendant six mois, ou ne pas verser une larme pendant trois semaines puis vous effondrer devant une publicité pour des yaourts.


Vous pouvez avoir envie de parler d'elle/lui sans arrêt, ou au contraire préférer le silence. Garder toutes ses affaires ou tout donner immédiatement. Retourner au cimetière chaque jour ou n'y jamais aller.


Tout cela est juste.

Le seul critère qui compte : est-ce que ce que vous faites, vous permet de survivre aujourd'hui ? Si la réponse est oui, alors vous êtes sur le bon chemin. Le vôtre.


Traverser le deuil : repères pratiques (sans injonction)

Ce qui peut aider, mois après mois

Je vais maintenant partager ce qui m'aide, ce que je suggère parfois à mes patients, ce que j'ai lu ou expérimenté. Mais avant tout, un avertissement essentiel :

Ces suggestions ne sont pas une ordonnance. Prenez ce qui résonne en vous, laissez le reste sans culpabilité. Votre rythme est le bon rythme.

Le premier mois : Survivre
Mot-clé : DOUCEUR

Le premier mois, l'objectif n'est pas de "bien faire". C'est simplement de tenir. De respirer. De poser un pied devant l'autre.


Ce qui peut aider :

Respiration ancrante : Trois fois cinq minutes par jour, posez votre main sur votre ventre et respirez profondément. Inspirez sur 5 temps, expirez sur 5 temps. Ça ne fait pas disparaître la douleur, mais ça ramène un peu de calme dans le système nerveux.

La liste des "non-négociables" : Écrivez trois choses que vous DEVEZ faire chaque jour, pas plus. Par exemple : manger quelque chose (même si c'est des tartines), dormir (même mal), prendre une douche (même rapide). Tout le reste peut attendre. Vraiment.

Votre personne-ressource : Identifiez une ou deux personnes à qui vous pouvez dire "Je vais très mal" sans avoir à expliquer, à rassurer, à vous justifier. Quelqu'un qui peut juste être là.

Le journal du deuil : Chaque soir, écrivez trois phrases. Pas besoin que ce soit beau, cohérent, ou grammaticalement correct. "Aujourd'hui j'ai pleuré en faisant la vaisselle", "Je suis en colère", "Elle me manque tellement". Vous n'avez même pas besoin de relire.


Ce qu'il vaut mieux éviter :

Les grandes décisions (déménager, changer de travail, couper des liens). Votre cerveau n'est pas en état de décider clairement. Donnez-vous au moins six mois avant toute décision majeure.

L'isolement total. Je sais, on a envie de s'enfermer. Mais gardez au moins un fil, même ténu, avec le monde extérieur.


À 2-3 mois : Habiter la vague
Mot-clé : RECONNAISSANCE

Autour du deuxième mois, quelque chose se passe souvent : l'agitation initiale retombe. Les gens reprennent leur vie normale. Et vous, vous réalisez vraiment que c'est permanent. Elle/Il ne reviendra pas.

C'est parfois plus dur que les premiers jours.


Ce qui peut aider :

Cartographie émotionnelle : Prenez une feuille, dessinez le contour d'un corps (même un bonhomme bâton). Puis coloriez où vous sentez vos émotions. La colère est peut-être rouge dans votre ventre. La tristesse bleue dans la gorge. Ça permet de sortir les émotions de la tête pour les mettre sur le papier.

Rituel du souvenir : Créez un moment hebdomadaire dédié à elle/lui. Regarder des photos, lui écrire une lettre que vous ne posterez jamais, écouter sa chanson préférée. Un moment où vous l'autorisez à être présente, plutôt que d'être envahie par surprise.

Mouvement doux : Marche en conscience (sentir vos pieds toucher le sol), yoga, danse libre dans votre salon. Natalie Rogers, la fille de Carl Rogers, a beaucoup travaillé sur le lien entre créativité, mouvement et guérison. Le corps a besoin d'évacuer ce qu'il porte.

Accepter les "bons moments" : Si vous riez, si vous ressentez du plaisir, si vous oubliez pendant dix minutes — ce n'est pas une trahison. C'est la vie qui continue à pulser en vous. Votre défunt(e) voudrait ça pour vous.


À 6 mois : Reconstruire
Mot-clé : RÉINVENTION

Six mois, c'est souvent un tournant. Le brouillard commence à se lever par intermittence. Vous réalisez que vous devez apprendre à vivre avec ce vide, pas à le combler.


Ce qui peut aider :

Bilan des ressources : Prenez un moment pour regarder en arrière : qu'est-ce qui vous a aidé jusqu'ici ? Une personne, une activité, un lieu ? Notez-le. Ce sont vos points d'appui.

Projet-hommage : Créez quelque chose qui honore sa mémoire. Planter un arbre, faire un don à une association, écrire un texte, créer un album photo, cuisiner sa recette préférée pour vos proches. Quelque chose de concret qui dit : "Tu as existé, et ton existence compte encore".

Réapprivoiser le social : Essayez une sortie par semaine avec des gens bienveillants. Vous n'êtes pas obligée de vous amuser. Juste de ne pas rester seule tout le temps. Le lien social, même inconfortable, nourrit quelque chose en nous.

Explorer l'art-thérapie : Faites un collage symbolique. Découpez dans des magazines des images qui représentent "l'avant" et "l'après". Vous n'avez pas besoin d'être artiste. C'est juste une façon de donner forme à ce qui change en vous.


À 1 an : Intégration
Mot-clé : TRANSFORMATION

L'anniversaire du décès fait peur à beaucoup de gens. "Est-ce que je vais m'effondrer ?" "Est-ce que je dois organiser quelque chose ?" "Est-ce que les autres vont s'en souvenir ?"


Quelques réflexions :

Anticipez sans craindre : Réfléchissez à l'avance à comment vous voulez vivre cette journée. Seule ou entourée ? En faisant quelque chose de particulier ou en la laissant passer doucement ? Il n'y a pas de bonne réponse, juste votre réponse.

Qui êtes-vous devenu(e) ? : Un an après, vous n'êtes plus la même personne. Vous ne pouvez pas "revenir à avant". Mais vous pouvez avancer avec. Avec son absence. Avec ce qu'elle/il vous a transmis. Avec ce que son absence vous a appris.

Célébrez les petites victoires : Vous avez tenu. Vous êtes encore là. Vous avez survécu aux pires jours de votre vie. C'est immense.

Elle/Il devient partie de vous : Progressivement, elle/il ne sera plus seulement cette absence douloureuse. Elle/Il deviendra une présence intérieure. Vous penserez à elle/lui avec un sourire avant de penser à elle/lui avec des larmes. Les deux coexisteront, mais l'équilibre changera.


! Rappel essentiel !

Ces repères temporels ne sont pas des règles. Le deuil ne connaît pas le calendrier. Vous pouvez être à "six mois" puis revenir à "un mois" parce qu'une odeur, une date, un mot ont réveillé la blessure.

C'est normal. Ce n'est pas une rechute. C'est juste le deuil qui fait son œuvre, à sa manière, à son rythme.


Quand le soignant a besoin de soin

Humanité partagée : nous avons tous besoin d'être accompagnés

Il y a un mythe tenace dans nos sociétés : celui du "psy invulnérable". Comme si, parce que nous accompagnons les autres dans leur souffrance, nous serions immunisés contre la nôtre. Comme si nos outils professionnels nous protégeaient de nos deuils personnels.


C'est faux.


Je suis thérapeute ET je suis endeuillée. Ces deux réalités coexistent. Et l'une n'annule pas l'autre.


Deux semaines après le décès de ma mère, j'ai pris rendez-vous avec une consœur. Je suis entrée dans son cabinet et j'ai pleuré pendant cinquante minutes. Sans retenue. Sans analyser. Sans "faire la psy".


Ce que ça m'a apporté ? Un espace où je n'avais pas de rôle à tenir. Où je pouvais juste être celle qui souffre, sans avoir à prendre soin de l'autre en retour. Où mes émotions pouvaient exister sans que j'aie besoin de les mettre en mots pour les rendre compréhensibles.


Demander de l'aide n'est pas une faiblesse. C'est un acte de congruence.

La congruence, c'est ce concept cher à Carl Rogers : être authentiquement soi-même, sans masque, en cohérence entre ce que l'on ressent et ce que l'on montre. Si je souffre et que je fais semblant d'aller bien, je ne suis pas congruente. Si je dis à mes patients "il est important de demander de l'aide" mais que je ne le fais pas moi-même, je ne suis pas congruente.


Alors je le dis clairement, pour toutes celles et ceux qui me lisent et qui hésitent :

Il est normal d'avoir besoin d'aide. Il est sain de demander un accompagnement. Il est humain de ne pas pouvoir porter seul(e) le poids du deuil.

Que vous soyez thérapeute, médecin, infirmier, enseignant, parent "fort" de la famille, ou simplement quelqu'un qui a l'habitude de soutenir les autres — vous avez le droit de vous effondrer aussi.


J'accompagne les autres ET je me fais accompagner. Ces deux mouvements ne s'annulent pas. Ils se complètent. Ils me rendent plus humaine dans ma pratique. Plus humble. Plus vraie.


Conclusion : La tendresse comme boussole

Si vous êtes en train de traverser un deuil, je voudrais vous dire quelque chose.

Ce que vous vivez est d'une violence inouïe. Perdre quelqu'un qu'on aime, c'est vivre avec une amputation invisible. Les gens autour de vous ne voient pas la plaie, mais elle est là. Elle pulse. Elle saigne certains jours.


Il n'y a pas de carte pour ce territoire. Pas de GPS qui vous dit "dans 500 mètres, tournez à droite vers l'acceptation". Vous avancez dans le noir, en tâtonnant, en tombant parfois.


Mais il y a des ressources. En vous, d'abord. Carl Rogers a passé sa vie à défendre cette idée : chaque être humain possède en lui une tendance naturelle à s'actualiser, à grandir, même dans l'adversité. Vous avez en vous la capacité de traverser cette épreuve. Pas de la dépasser — on ne "dépasse" pas un deuil. Mais de l'intégrer, lentement, douloureusement, et d'apprendre à vivre avec.


Autour de vous aussi, il y a des ressources. Des personnes qui vous aiment maladroitement mais sincèrement. Des professionnels formés pour vous accompagner. Des groupes de parole où d'autres endeuillés comprennent sans que vous ayez besoin d'expliquer.


Ce que cette épreuve m'enseigne pour mes futurs accompagnements ? Pas que "maintenant je sais mieux". Mais que maintenant, j'écoute différemment. Avec plus de silence. Avec moins de besoin de rassurer trop vite. Avec cette conscience aiguë que chaque deuil est un univers entier, unique, qui mérite d'être respecté dans sa singularité.


À vous qui traversez cela : vous n'êtes pas seul(e). Vous n'êtes pas "trop lent(e)". Vous n'êtes pas "anormal(e)" parce que ça fait six mois et que vous pleurez encore. Il n'y a pas de mauvaise façon de pleurer quelqu'un qu'on aimait.


Soyez d'une tendresse infinie avec vous-même. C'est peut-être la chose la plus importante que je peux vous dire.


Pleurez si vous en avez besoin. Riez si la vie vous y invite. Vivez, maladroitement, difficilement, mais vivez. C'est le plus bel hommage que vous puissiez rendre à celles et ceux qui sont partis.


Marie-Claudine Gonzalez


Si cet article vous a touché(e), n'hésitez pas à le partager avec quelqu'un qui en aurait besoin. Et si vous traversez un deuil, rappelez-vous : demander de l'aide est un acte de courage, pas de faiblesse.


Photo de Anne Nygård sur Unsplash

Fauteuil vide sur un ponton au bord d'un lac

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