Intelligence émotionnelle : et si on arrêtait de vouloir la « booster » ?
- Marie-Claudine GONZALEZ
- 14 août 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 24 sept. 2025
On en parle partout. L’intelligence émotionnelle (IE) est devenue la nouvelle star du développement personnel et du management. On vous promet qu’en la « travaillant », vous serez plus performant·e, plus charismatique, plus… tout.
Mais si l’intelligence émotionnelle n’avait rien à voir avec une compétence à « optimiser » ? Et si, au contraire, elle était déjà là, en vous, prête à se déployer… pour peu que vous lui ouvriez un espace ?
Quand la performance nous éloigne de nous-mêmes
Le problème, c’est qu’on a transformé l’IE en outil de productivité émotionnelle. Les émotions sont parfois vues comme un problème à résoudre, ou comme un levier pour
« influencer » les autres. Rien de plus éloigné de l’essence humaine.
Carl Rogers, pionnier de la psychologie humaniste, aurait probablement levé un sourcil devant cette vision utilitariste. Pour lui, le vrai travail ne consiste pas à « gérer » nos émotions pour rentrer dans un moule… mais à les accueillir comme des messagères précieuses de notre vécu.
« Les émotions non exprimées ne meurent jamais. Elles sont enterrées vivantes et ressortent plus tard d’une manière plus laide. » - Sigmund Freud
Rogers, avant Goleman
Bien avant que Daniel Goleman popularise le terme d’« intelligence émotionnelle », Rogers parlait déjà de trois attitudes fondamentales :
Congruence : être vrai(e) avec soi-même et avec les autres.
Empathie : entrer dans le monde intérieur de l’autre sans jugement.
Considération positive inconditionnelle : accueillir la personne telle qu’elle est.
Ces attitudes ne se mesurent pas avec un score. Elles se vivent, se ressentent, se cultivent dans la rencontre authentique.
Imaginez un repas de famille où un proche vous lance une remarque blessante. La réaction « classique » pourrait être de répondre sèchement ou de se taire en ruminant.
La posture rogerienne, elle, consisterait à reconnaître intérieurement ce que vous ressentez, puis à exprimer calmement : « Quand tu dis ça, je me sens diminué·e, et j’aimerais comprendre ce que tu veux dire. »
Résultat : au lieu de s’enliser dans un conflit, vous ouvrez un espace de dialogue.
Et si la clé était… la créativité ?
La créativité n’est pas réservée aux artistes. Elle est ce mouvement intérieur qui nous permet de donner forme à ce que nous ressentons. Natalie Rogers, fille de Carl, a développé l’art-thérapie centrée sur la personne : un espace où peinture, écriture, mouvement ou collage deviennent des passerelles entre nos émotions et notre conscience.
Une participante à un atelier de collage que j’animais commençait son œuvre en coupant méthodiquement des images de magazines. Elle me confiait ne « rien ressentir de particulier ».
Puis, au détour d’une image d’enfance, ses mains se mirent à trembler. Les mots ont suivi, racontant une perte qu’elle n’avait jamais pu exprimer. Elle n’a pas eu besoin d’« analyser » ses émotions : elles s’étaient simplement invitées dans l’acte créatif.
Quand on crée, on ne « gère » pas ses émotions : on les laisse s’exprimer, parfois au-delà des mots. Et c’est souvent là que la clarté émotionnelle apparaît.
Ce que dit la science
Les neurosciences confirment que le fait de poser un regard bienveillant sur soi — exactement ce que propose l’ACP — stimule les zones du cerveau liées à la régulation émotionnelle. Une étude menée par Richard Davidson (Université du Wisconsin) a montré que l’empathie active le cortex préfrontal gauche, associé à une meilleure résilience émotionnelle.
Autrement dit : pas besoin de « maîtriser » vos émotions comme un dompteur de fauves. Offrez-leur juste un espace sûr, et elles se réguleront d’elles-mêmes.
L’intelligence émotionnelle… comme chemin d’humanité
Et si on cessait de parler de « développer » l’IE pour commencer à la vivre ?
En vous connectant à vos émotions, en osant la congruence, en pratiquant l’empathie, vous nourrissez votre intelligence émotionnelle… sans fiche d’objectifs ni tableau Excel.
C’est cette expérience-là que je propose dans mon livre « Libérez votre Intelligence Émotionnelle » : pas un guide de performance, mais une invitation à explorer votre paysage intérieur avec curiosité, douceur et authenticité.
Alors, prêt(e) à changer de regard sur vos émotions ?
Marie-Claudine Gonzalez


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