Trouver son Ikigaï… avec Carl Rogers en embuscade
- Marie-Claudine GONZALEZ
- 4 août 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 24 sept. 2025
ou comment aligner sens, plaisir, utilité et humanité sans se transformer en moine zen ou en coach LinkedIn.
L’Ikigaï, ce n’est pas (juste) un joli mot japonais
Ikigaï (生き甲斐), ça se prononce “ikigaï” (facile), ça s’écrit avec des idéogrammes poétiques, et ça veut dire "raison de vivre", "ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue".
Ce n’est pas une méthode de développement personnel pour vendre des agendas productivité 2025.
C’est une philosophie millénaire venue d’Okinawa, là où les gens vivent vieux… et heureux. Pas parce qu’ils méditent 3 heures par jour dans des grottes Instagrammables, mais parce qu’ils vivent en accord avec ce qui les fait vibrer.
Le schéma Ikigaï (tu le connais sûrement)
C’est ce diagramme en 4 cercles qui font une jolie fleur. On t’a peut-être dit que :
Si tu fais ce que tu aimes ➜ tu seras heureux·se
Si tu fais ce en quoi tu es doué·e ➜ tu auras confiance
Si tu fais ce dont le monde a besoin ➜ tu seras utile
Si tu fais ce pour quoi tu peux être payé·e ➜ tu ne mourras pas de faim
Et si tu trouves le point au centre… tadaaam : tu es en Ikigaï !
Sauf que dans la vraie vie, ce n’est pas un coloriage magique.
Pourquoi c’est parfois le bazar ?
Parce qu’on est nombreux à se dire :
"Je ne sais même pas ce que j’aime vraiment…"
"Je suis bon·ne en rien."
"Ce que j’aime, ce n’est pas un vrai métier."
"J’ai tout pour être heureux·se, mais je suis vide."
Et là, c’est le grand flou. L’Ikigaï devient un casse-tête existentiel, un schéma Pinterest qui donne des migraines. Tu tentes de remplir chaque case, tu bloques, tu doutes, tu refermes ton carnet.
Et c’est là que Carl Rogers entre en scène.
Carl Rogers, le psy qui croyait en nous (même quand on n’y croit plus)
Petit cours d’histoire rapide : Carl Rogers, psychologue humaniste du 20e siècle, pensait qu’au fond de nous, il y a une force qui pousse vers la réalisation de soi. Il appelait ça la tendance actualisante.
Pas besoin d’être coaché·e, secoué·e ou "reprogrammé·e" :
Si on est écouté·e avec empathie, congruence et acceptation, on trouve naturellement notre chemin. Oui, naturellement. Comme une graine qui pousse si on l’arrose et qu’on ne la piétine pas.
Il appelait ça l’Approche Centrée sur la Personne (ACP).Un truc révolutionnaire… sans cris, sans recettes, sans normes.
Et si l’ACP était l’outil manquant pour trouver son Ikigaï ?
Parce que remplir le schéma Ikigaï, c’est bien. Mais savoir quoi mettre dedans, c’est mieux.
Et pour ça, il faut :
du silence,
du recul,
un espace où tu peux dire : "J’en sais rien, j’ai peur, j’ai honte, j’ose pas…"
Et là, l’ACP devient ton alliée.
C’est un cadre d’exploration intérieure, où tu es accueilli·e tel·le que tu es. Tu n’as pas à performer. Tu n’as pas à savoir. Tu peux te reconnecter à ce qui t’anime vraiment, derrière les couches de peurs, de devoirs et de croyances.
Des exemples pour incarner tout ça
Claire, 38 ans, mutuelle et aquarelle
Claire bosse depuis 10 ans dans une mutuelle. C’est stable, correct, sécurisant. Mais l’impression de vide la grignote. Elle adore peindre. Elle pense souvent à "en faire quelque chose"… mais elle se juge : "C’est pas sérieux", "Je suis pas Monet", "Personne ne paiera pour ça."
En séance ACP, elle ne trouve pas tout de suite la réponse. Mais elle s’autorise à parler de ce qu’elle aime, de ses peurs, de ses doutes.
Et au fil du temps, une idée émerge : créer des ateliers de peinture pour adultes hypersensibles. Un truc qu’elle aurait adoré trouver quand elle allait mal.
Elle ne plaque pas son rêve d’enfant. Elle l’actualise. Et elle touche un vrai Ikigaï.
Mehdi, 27 ans, zèbre désorienté
Mehdi sait tout faire, s’ennuie partout, a lu 36 livres de développement perso et a toujours l’impression d’être à côté de sa vie.
Il se dit "Je suis multipotentiel, mais personne ne m’emploie à potentiel multiple."
Il arrive en thérapie avec cette phrase :
"Je crois que je ne suis pas fait pour ce monde."
En ACP, il découvre qu’il a toujours étouffé son besoin de création et de liberté. Qu’il s’est toujours adapté, pour plaire, pour être utile, pour "réussir".
Un jour, il dit : "Je veux expliquer des choses aux autres, mais à ma façon." Aujourd'hui, il a lancé une chaîne YouTube où il explique la psychologie avec humour.
Il fait ce qu’il aime. Il est bon. Il aide. Et il gagne sa vie.
Ikigaï validé !
L’ACP : une pédagogie du "je" avant le "faire"
Ce que Rogers nous apprend, c’est que tu ne peux pas remplir ton Ikigaï avec des idées qui ne viennent pas de toi.
Tu ne peux pas décider ce qui t’anime depuis ta tête. Tu dois l’écouter dans ton corps, dans ton ressenti, dans tes silences.
Et pour ça, il faut parfois :
désapprendre
ralentir
traverser l’inconfort du flou
Mais ensuite, la clarté vient. Pas d’un test en ligne (mais si tu veux absolument en faire un, j'en ai créé un ici). D’un processus d’écoute profonde.
Et si on résumait (mais vraiment)
Ikigaï | ACP |
Schéma à 4 cercles | Cadre d’écoute |
Vise la clarté de vie | Vise la congruence intérieure |
Oriente vers le dehors (vie pro, mission, utilité) | Oriente vers le dedans (ressenti, besoin, authenticité) |
Donne une carte | Apprend à lire la boussole |
Les deux, ensemble ? Un chemin vers un projet de vie aligné, incarné, vivant.
Tu veux commencer ? Quelques pistes pour t’y mettre :
Arrête 5 minutes. Écoute ton corps. Est-ce que ton énergie va vers ce que tu fais ? Ou elle fuit ?
Liste 10 moments dans ta vie où tu t’es senti·e vivant·e. Même si c’était idiot ou inutile.
Demande-toi : Et si c’était possible ? Juste pour rêver un peu.
Et si tu veux aller plus loin, fais-toi accompagner. Pas par un coach de productivité. Par quelqu’un qui te laissera explorer ton monde intérieur sans te diriger. (Tu en connais une, non ? 😉)
Dernier mot du psy (c’est moi !) :
L’Ikigaï, ce n’est pas un job. Ce n’est pas un statut. C'est un mouvement intérieur vers une vie plus juste pour toi.
Et si tu ne sais pas par où commencer, peut-être que ça commence là :
"Et moi, profondément… qu’est-ce que je veux ?"
Chut. Ne réponds pas tout de suite. Écoute. Ça vient.
Marie-Claudine Gonzalez



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