Intelligence émotionnelle : et si cœur et cerveau étaient complices ?
- Marie-Claudine GONZALEZ
- 14 août 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 24 sept. 2025
Le duel qui n’existe pas
On nous l’a vendu comme un match de boxe : dans le coin gauche, le Cœur, émotif, impulsif, prêt à dégainer la larme ou le fou rire. Dans le coin droit, le Cerveau, rationnel, calculateur, qui porte lunettes même dans les pubs de café. Ding ding ding… que le combat commence !
Sauf que… ce match n’existe pas. Cœur et cerveau ne sont pas rivaux. Ils sont même de vieux complices qui, la plupart du temps, bossent main dans la main. Le problème, c’est qu’on ne leur laisse pas toujours la possibilité de s’écouter. Alors aujourd’hui, on va démonter trois grands mythes sur leur soi-disant guerre. Et surtout, voir comment les réconcilier pour de bon.
Mythe n°1 : Les émotions brouillent le jugement
Le cliché : “Si tu veux prendre une bonne décision, mets tes émotions de côté.”
La réalité : Sans émotions, nos décisions ressemblent à un meuble Ikea sans notice : techniquement faisable, mais bon courage.
Les neurosciences nous montrent que les émotions agissent comme un GPS interne. Elles filtrent les informations, signalent ce qui compte pour nous, et nous aident à prioriser.
Carl Rogers, fondateur de l’Approche Centrée sur la Personne, parlait d’écoute de l’expérience organismique : se mettre à l’écoute de ce que l’on ressent dans toutes ses dimensions (émotionnelle, corporelle, intuitive) pour s’orienter dans la vie. Autrement dit, si tu coupes ton cœur de la décision, tu jettes à la poubelle une partie précieuse de tes données internes.
Mythe n°2 : La raison est froide et objective
Le cliché : “Ma tête, elle, ne se trompe jamais.”
La réalité : Elle se trompe souvent… mais avec des arguments très bien présentés.
Les biais cognitifs (merci, cerveau) nous amènent à défendre des choix qui ne sont pas toujours alignés avec nos besoins réels. Rogers insistait sur l’idée que la pensée devient plus claire et plus pertinente quand elle s’appuie sur une écoute profonde de soi.
En d’autres termes : ton cerveau n’est pas ton ennemi, mais il peut devenir un avocat brillant… qui plaide parfois pour la mauvaise cause si le cœur n’a pas eu voix au chapitre.
Mythe n°3 : Cœur et cerveau se battent pour le contrôle
Le cliché : “J’écoute mon cœur ou j’écoute ma tête.”
La réalité : Ce n’est pas un trône pour un seul roi.
Sur le plan physiologique, nos circuits émotionnels et cognitifs sont connectés en permanence. Les décisions se prennent dans un dialogue continu entre eux. Dans l’Approche Centrée sur la Personne, c’est ce qu’on appelle la congruence : un alignement entre ce que l’on ressent, ce que l’on pense et ce que l’on fait.
Alors non, cœur et cerveau ne sont pas deux chefs d’orchestre qui se disputent la baguette : ce sont deux musiciens qui jouent la même partition… à condition qu’on prenne le temps de les accorder.
Comment les réconcilier dans la vie réelle
Bon, on a bien rigolé avec l’image du cœur et du cerveau qui se battent pour la télécommande… mais dans la vraie vie, c’est moins un combat qu’une chorégraphie improvisée : parfois le cœur mène la danse, parfois le cerveau donne le rythme, et la magie se produit quand ils s’écoutent.
Voici trois techniques simples — et testées dans des situations où “jeter un coussin sur la tête de l’autre” n’est pas une option.
1. La pause sensorielle
Exemple : l’e-mail qui pique
Tu reçois un message qui te fait lever un sourcil façon “vieux prof suspicieux” ou serrer les dents comme si tu mâchais un caillou.
Version rapide et bancale : répondre tout de suite, en envoyant ton clavier au front.
Version congruente :
Tu fermes les yeux 3 minutes, tu te connectes à ton corps : “Tiens, mon estomac est en mode nœud marin et mon cœur tambourine comme un batteur de rock”.
Tu accueilles l’émotion (“Ok, je suis agacé·e et blessé·e”).
Puis tu laisses ton cerveau entrer : “Quel message exprime ce que je ressens tout en préservant la relation ?”.
Résultat : tu réponds fermement, sans écrire un mail que tu relirais plus tard avec un air de “mon Dieu, c’était moi, ça ?”
2. Le journal de dialogue intérieur
Exemple : accepter ou non une invitation
Ton ami t’invite pour un week-end. Ton cœur crie : “Oui, allons voir la mer !” Ton cerveau, lui, a déjà sorti un tableau Excel avec les heures de sommeil manquantes et la to-do list en rouge.
Tu prends un carnet, tu fais deux colonnes :
Cœur : “J’ai envie de rire, de respirer, de voir les mouettes.”
Cerveau : “Si je pars, je reviens épuisé·e et en retard sur mon projet.”
Tu relis, tu cherches un compromis : écourter le séjour, ou déplacer la rencontre.
Résultat : tu profites de ton ami et de ton dimanche matin tranquille. Et personne ne boude dans un coin.
3. La médiation créative –
Exemple : choisir entre deux projets pros
Tu hésites entre garder un job stable ou te lancer dans une passion qui te fait vibrer. Ton cerveau fait des colonnes de chiffres, ton cœur fait la chenille.
Méthode façon Art-thérapie :
Tu sors pinceaux, feutres ou même ton appli de dessin préférée.
Tu peins deux zones : une pour chaque option.
Tu ajoutes formes, couleurs, traits… jusqu’à ce que ça ressemble à une carte émotionnelle.
Tu observes : l’option stable est douce, mais un peu grise, l’option passion est flamboyante, mais agitée.
Tu réalises que ta voie idéale est un mélange des deux.
Résultat : ton cerveau a enfin compris ce que ton cœur lui hurlait depuis le début… mais en couleurs.
Moralité : cœur et cerveau ne sont pas des ennemis jurés. Ce sont juste deux collègues qui n’ont pas appris à faire des réunions efficaces. Leur offrir un espace pour dialoguer, c’est leur éviter de s’envoyer des post-its passifs-agressifs dans ta tête.
Le vrai pouvoir de l’intelligence émotionnelle
Oublions le duel hollywoodien. L’intelligence émotionnelle, ce n’est pas choisir entre le murmure du cœur et la logique du cerveau. C’est apprendre à faire chanter les deux en harmonie.
Carl Rogers nous l’a rappelé : lorsque nous sommes en contact avec toutes les facettes de notre expérience — pensées, émotions, sensations — nous prenons des décisions plus justes et plus vivantes.
Alors, la prochaine fois que tu auras un choix à faire, écoute tes deux voix.
Tu verras : elles ne demandent qu’à chanter en duo.
Marie-Claudine Gonzalez

Commentaires