Et si votre prochaine évolution professionnelle commençait par vous écouter vraiment ?
- Marie-Claudine GONZALEZ
- 20 août 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 24 sept. 2025
Sophie, 38 ans, pleure dans son bureau
Sophie est cadre supérieure dans une belle entreprise du CAC 40. Salaire à cinq chiffres, voiture de fonction, bureau avec vue sur La Défense. Sur LinkedIn, elle affiche un sourire professionnel impeccable. Mais ce mardi matin, seule dans son bureau, elle pleure.
"Je ne comprends pas ce qui m'arrive. Objectivement, j'ai tout pour être heureuse. Mes parents sont fiers, mon conjoint m'admire, mes collègues me respectent. Alors pourquoi j'ai l'impression de mourir à petit feu ?"
Cette question, je l'entends au moins trois fois par semaine en séance. Le paradoxe de notre époque : nous n'avons jamais eu autant d'outils pour "optimiser" nos carrières, et pourtant, jamais autant de personnes ne se sont senties perdues professionnellement.
Et si le problème, justement, c'était tous ces outils ? Et si la solution n'était pas dans un énième bilan de compétences, mais dans quelque chose de radicalement différent ?
Le grand malentendu des transitions professionnelles
Nous vivons dans l'illusion de la "bonne décision rationnelle". Tests de personnalité, analyses SWOT, tableaux Excel comparatifs... Tout, nous pousse à croire qu'il existe UNE solution optimale, qu'il suffit de la calculer.
"J'avais fait tous les tests possibles, me raconte Paul, 45 ans. MBTI, DISC, Strengths Finder... Je savais que j'étais un "ENTJ avec des tendances analytiques fortes". Je DEVAIS donc me diriger vers le management stratégique. Sauf que... ça ne me faisait pas vibrer. Pas du tout, même."
Carl Rogers l'avait compris dès les années 1940 : nous possédons tous une "tendance actualisante", une sagesse organismique qui sait instinctivement ce qui est bon pour nous. Pas besoin d'algorithmes complexes - votre corps, vos émotions, vos élans spontanés vous donnent déjà toutes les informations nécessaires.
Le problème ? Nous avons désappris à les écouter. Pire : nous avons appris à nous en méfier.
Votre boussole intérieure ne vous mentira jamais
Essayez cet exercice simple : fermez les yeux et imaginez votre journée de travail idéale. Pas "réaliste" ou "raisonnable" - idéale. Où êtes-vous ? Avec qui ? En train de faire quoi ?
Maintenant, observez ce qui se passe dans votre corps pendant cette visualisation. Vos épaules se détendent-elles ? Votre respiration s'approfondit-elle ? Sentez-vous comme une petite flamme qui s'allume quelque part en vous ?
Cette flamme, c'est votre boussole. Elle ne calcule pas, elle ressent. Elle ne compare pas, elle reconnaît.
"Le jour où j'ai arrêté de demander des conseils à tout le monde, ma vie a changé", témoigne Camille, 32 ans. "Pendant des mois, j'avais harcelé mes proches : "Tu penses que je devrais accepter cette promotion ?" Jusqu'au jour où j'ai réalisé qu'au fond de moi, je connaissais déjà la réponse. Elle me faisait juste peur."
La différence entre "ce qui me ferait plaisir" et "ce qui résonne en moi" ? Le plaisir est souvent externe, conditionné par ce qu'on pense devoir vouloir. La résonance, elle, vient du plus profond de soi. C'est cette sensation d'alignement, de "oui, c'est ça" qui traverse tout votre être.
Ces blocages qui nous coupent de nous-mêmes
"Mais enfin, tu ne vas pas démissionner pour devenir potier !" s'exclame la mère de Julien quand il ose exprimer son rêve secret. Cette petite phrase, apparemment anodine, illustre parfaitement ce que Rogers appelait les "conditions de valeur" : ces messages implicites qui nous font croire que nous ne sommes aimables QUE si nous correspondons aux attentes des autres.
Au fil des années, ces conditions se cristallisent en croyances limitantes :
"Un vrai homme gagne bien sa vie"
"Une femme doit pouvoir tout concilier"
"Après 40 ans, on ne change plus de voie"
"Les métiers créatifs, c'est pour les privilégiés"
Ces voix intérieures deviennent si fortes qu'elles couvrent complètement notre propre voix. Résultat ? Nous nous retrouvons à vivre la vie que nous PENSONS devoir vivre, pas celle que nous VOULONS vivre.
L'écoute empathique, pierre angulaire de l'approche rogerienne, a ce pouvoir extraordinaire de dissoudre progressivement ces résistances. Non pas en les combattant, mais en les accueillant avec bienveillance.
"Ah, je vois que tu as peur de décevoir tes parents. C'est compréhensible. Et en même temps, qu'est-ce que TOI, tu as envie de vivre ?"
Vers une authenticité professionnelle libératrice
L'alignement, ce n'est pas un concept new-age fumeux. C'est une réalité physiologique : quand nous agissons en cohérence avec nos valeurs profondes, notre niveau d'énergie naturelle décuple.
Thomas, développeur informatique, en a fait l'expérience : "Pendant des années, je restais tard au bureau par professionnalisme. Jusqu'au jour où j'ai osé dire : "Non, à 18h, je rentre chez moi pour voir mes enfants grandir." Au lieu d'être viré, j'ai été respecté. Et bizarrement, je suis devenu plus efficace en 8h qu'avant, en 10h."
Cette congruence - cette cohérence entre qui nous sommes vraiment et comment nous agissons - a un effet domino fascinant. Elle nous donne :
Plus de créativité (nous ne gaspillons plus d'énergie à jouer un rôle)
Plus de résilience (nous puisons dans nos ressources profondes)
Plus de charisme naturel (l'authenticité est magnétique)
Plus de satisfaction (nous nous sentons enfin "à notre place")
Vous n'avez pas besoin d'être réparé(e), juste écouté(e)
Contrairement à ce que suggèrent certaines approches, vous n'êtes pas cassé(e). Vous n'avez pas de "problème d'orientation" à résoudre. Vous avez juste besoin de retrouver le chemin vers votre propre sagesse.
Cette sagesse, elle n'a pas disparu. Elle est là, en vous, peut-être un peu enfouie sous des années de conditionnement, mais bien présente. Il suffit parfois d'un regard bienveillant, d'une écoute sans jugement, pour qu'elle puisse enfin s'exprimer.
Votre prochaine évolution professionnelle ne se trouve probablement pas dans un algorithme ou un test de personnalité. Elle vous attend sûrement dans le silence de votre propre écoute intérieure.
Et si vous n'y arrivez pas seul(e) ? C'est normal aussi. De temps en temps, nous avons besoin d'un accompagnement professionnel pour retrouver cette connexion à nous-mêmes. Non pas quelqu'un qui vous dira que faire, mais quelqu'un qui vous aidera à entendre ce que vous savez déjà.
Car au fond, la question n'est pas "Que dois-je faire de ma carrière ?" mais plutôt "Qui ai-je envie de devenir ?"
Marie-Claudine Gonzalez


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